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Puissance PAC : comment calculer les besoins en chaleur de votre bâtiment

Méthode de calcul des besoins en chaleur d'un bâtiment selon la norme SIA 384.201 : déperditions, température de base, SRE et correction altitude. La base indispensable avant tout dimensionnement PAC.

6 mars 2026·9 min de lecture·Notivia

Surdimensionner une PAC, c'est payer trop cher à l'achat et perdre en efficacité à l'exploitation. La sous-dimensionner, c'est un client insatisfait dès le premier hiver rigoureux. Le calcul des besoins en chaleur est l'étape qui conditionne toutes les décisions suivantes : puissance nominale, point de bivalence, dimensionnement du ballon ECS.

Ce guide présente la méthode normative suisse (SIA 384.201), les données d'entrée nécessaires et les corrections à appliquer pour les situations particulières.


Pourquoi ne pas se fier aux règles du pouce

La règle souvent entendue — "100 W par m² de surface chauffée" — peut convenir pour un bâtiment des années 1980 en zone tempérée. Elle est fausse pour un Minergie construit en 2015 (peut descendre à 30–40 W/m²) et insuffisante pour une ferme ancienne mal isolée en altitude (peut dépasser 150 W/m²).

L'enjeu financier est direct : une PAC surdimensionnée de 30 % coûte environ 2 000 à 4 000 CHF de plus à l'achat, avec un COP dégradé par les cycles courts. Le calcul normatif prend 30 minutes avec les bonnes données — c'est du temps bien investi.


La norme de référence : SIA 384.201

La norme SIA 384.201 ("Installations de chauffage dans les bâtiments — Bases pour le dimensionnement") est la référence suisse pour le calcul des besoins en chaleur. Elle s'aligne sur la norme européenne EN 12831 tout en intégrant des données climatiques suisses.

Le principe est celui du bilan thermique : calculer les pertes de chaleur du bâtiment dans les conditions les plus défavorables (température de base), puis dimensionner le générateur pour compenser ces pertes.

Les deux composantes des déperditions

1. Déperditions par transmission (HT)

Pertes à travers l'enveloppe du bâtiment : murs, toiture, plancher, vitrages, ponts thermiques.

HT = Σ (Ui × Ai × bi)

Avec :

  • Ui : coefficient de transmission thermique de chaque paroi [W/(m²·K)]
  • Ai : surface de la paroi [m²]
  • bi : facteur de réduction pour les espaces non chauffés (cave, attique, etc.)

2. Déperditions par ventilation (HV)

Pertes liées au renouvellement d'air (infiltrations + ventilation).

HV = 0,34 × n × V

Avec :

  • n : taux de renouvellement d'air par heure [h⁻¹] — typiquement 0,5 pour les bâtiments standard, 0,3 pour les bâtiments très étanches avec VMC double flux
  • V : volume chauffé du bâtiment [m³]
  • 0,34 : capacité volumique de l'air [Wh/(m³·K)]

Puissance de déperdition totale :

Φdep = (HT + HV) × (Ti − Te,base)

Avec :

  • Ti : température intérieure de consigne, typiquement 20 °C
  • Te,base : température extérieure de base (voir ci-dessous)

La température extérieure de base

La température extérieure de base (Te,base) est la température de dimensionnement : la valeur hivernale à partir de laquelle on dimensionne le système. Elle est donnée par la SIA 384.201 pour les principales localités suisses.

| Région / Localité | Te,base (°C) | |-------------------|-------------| | Genève | −8 | | Lausanne | −8 | | Sion | −10 | | Neuchâtel | −10 | | Fribourg | −10 | | Berne | −11 | | Zurich | −11 | | Lucerne | −12 | | Davos | −20 | | Lugano | −5 |

💡 Altitude : pour les sites en altitude, une correction de −0,6 °C par 100 m d'altitude supplémentaire par rapport à la localité de référence est appliquée. Un chalet à 1 200 m au-dessus de Sion (alt. 482 m) subit une correction de −(720/100) × 0,6 = −4,3 °C, soit Te,base ≈ −14 °C.


Les données nécessaires en pratique

Pour réaliser un calcul complet, l'installateur doit collecter lors de la visite technique :

Données bâtiment :

  • Surface de référence énergétique (SRE) ou surfaces par pièce
  • Volume chauffé (m³)
  • Année de construction (donne les U-valeurs typiques de l'époque)
  • Composition des parois si connue (isolation existante, type de vitrage)
  • Hauteur au-dessus du niveau de la mer

Données système existant :

  • Température de départ du système actuel (détermine la compatibilité avec les émetteurs)
  • Type d'émetteurs : radiateurs, plancher chauffant, ventilo-convecteurs

Données réglementaires :

  • Certificat CECB si disponible (donne directement les U-valeurs)
  • Rapport de demande de permis de construire pour les bâtiments récents

Valeurs U typiques selon l'époque de construction

En l'absence de données précises, la SIA 384.201 propose des valeurs U typiques selon la période de construction :

| Époque | Mur ext. W/(m²·K) | Toiture W/(m²·K) | Vitrage W/(m²·K) | |--------|-------------------|------------------|------------------| | Avant 1970 | 1,0 – 1,5 | 0,8 – 1,2 | 2,8 – 3,0 | | 1970–1990 | 0,5 – 0,8 | 0,3 – 0,5 | 2,0 – 2,8 | | 1990–2010 | 0,25 – 0,4 | 0,2 – 0,3 | 1,2 – 1,6 | | Après 2010 | 0,15 – 0,25 | 0,12 – 0,18 | 0,7 – 1,1 | | Minergie-P | ≤ 0,10 | ≤ 0,10 | ≤ 0,7 |

Ces valeurs sont des ordres de grandeur. Le CECB ou un rapport d'audit énergétique donnent des données bien plus précises et sont à privilégier quand ils existent.


De la puissance de déperdition à la puissance PAC

La puissance de déperdition calculée (Φdep) correspond aux besoins du bâtiment à la température de base. La puissance nominale de la PAC doit couvrir ces besoins — mais pas nécessairement à la même condition de fonctionnement.

Point important : les PAC air-eau voient leur puissance diminuer quand la température extérieure baisse. Une PAC annoncée à 12 kW à A7/W35 (air à +7 °C, eau à 35 °C) délivrera peut-être seulement 8 kW à A−10/W55 (air à −10 °C, eau à 55 °C).

Il faut donc comparer la puissance disponible de la PAC aux conditions de base du site avec la puissance de déperdition calculée. C'est précisément ce que fait le calcul du point de bivalence (voir article dédié).

En pratique, pour un système monovalent (PAC seule, sans appoint), la puissance nominale de la PAC doit couvrir 100 % des déperditions à Te,base. Pour un système bivalent (PAC + résistance électrique ou chaudière d'appoint), la PAC peut être légèrement sous-dimensionnée, l'appoint couvrant les pics de froid.


Ordre de grandeur selon le type de bâtiment

| Type de bâtiment | Puissance spécifique typique | |-----------------|------------------------------| | Maison ancienne, peu isolée (avant 1975) | 80 – 120 W/m² SRE | | Maison standard (1975–2000) | 50 – 80 W/m² SRE | | Maison bien isolée (2000–2015) | 30 – 50 W/m² SRE | | Minergie / standard récent | 15 – 30 W/m² SRE | | Rénovation énergétique complète | 20 – 40 W/m² SRE |

Ces valeurs sont indicatives pour la plaine romande. En altitude ou dans les cantons alpins, appliquez un facteur correctif selon Te,base.


👉 Estimer la puissance avec Notivia

L'outil Estimateur de puissance PAC de Notivia s'appuie sur les principes SIA 384.201 à partir des données du bâtiment (SRE, année, canton, type d'isolation) et génère une fourchette de puissance recommandée ainsi que les données pour l'étape suivante (point de bivalence).

Les résultats fournis sont des estimations indicatives destinées au pré-dimensionnement. Ils ne se substituent pas aux calculs d'un ingénieur qualifié.

Accéder à l'outil Estimateur puissance PAC →


Sources et références officielles

  • SIA 384.201 — Installations de chauffage dans les bâtiments, bases pour le dimensionnement (SIA, Zurich)
  • SIA 380/1 — Énergie thermique dans le bâtiment
  • EN 12831 — Systèmes de chauffage dans les bâtiments, méthode de calcul des charges calorifiques
  • OFEN — Données climatiques de référence : ofen.admin.ch

FAQ — Calcul de puissance PAC

Peut-on se baser sur l'ancienne chaudière pour dimensionner la PAC ? Avec prudence seulement. Les anciennes chaudières sont souvent surdimensionnées de 30 à 50 % par rapport aux besoins réels. Utiliser leur puissance comme référence conduit à une PAC trop grande. Préférez un calcul de déperditions ou, à défaut, la consommation réelle en énergie des dernières années.

Le CECB suffit-il pour dimensionner une PAC ? Il fournit d'excellentes données d'entrée (U-valeurs, SRE, consommation estimée), mais ne donne pas directement une puissance PAC. Il faut encore appliquer le calcul de déperditions à la Te,base du site.

Quelle est la précision d'un calcul simplifié vs un calcul complet SIA 384.201 ? Un calcul simplifié (W/m² selon époque) est précis à ±30–40 %. Un calcul SIA 384.201 complet avec les U-valeurs réelles est précis à ±10–15 %. Pour les projets résidentiels standard, le calcul simplifié suffit pour sélectionner la gamme de puissance ; le calcul complet est recommandé pour les projets complexes ou atypiques.

Faut-il inclure l'ECS dans le calcul de puissance de la PAC ? Non — les besoins ECS se calculent séparément (voir outil dimensionnement ballon ECS). La puissance PAC pour le chauffage et la puissance pour l'ECS peuvent nécessiter des conditions de fonctionnement différentes (température de départ plus élevée pour l'ECS).

Comment gérer les pièces non chauffées (cave, garage) ? On applique un facteur de réduction bi (entre 0 et 1) selon l'OPB. Pour un garage non chauffé donnant sur l'extérieur : bi ≈ 0,8. Pour une cave enterrée : bi ≈ 0,5. Ces facteurs sont définis dans la SIA 384.201.

La PAC doit-elle être dimensionnée pour les besoins de chauffage seuls ou aussi pour le rafraîchissement ? En Suisse, le dimensionnement principal reste le chauffage. Si la PAC est réversible (mode refroidissement), la puissance frigorifique nécessaire en été est généralement inférieure aux besoins de chauffage et ne change pas le dimensionnement. Vérifiez tout de même que la PAC choisie couvre les besoins de refroidissement si c'est une exigence du client.

Testez ces calculs en situation réelle

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